Pudeur

« Au moment où elle fait son entrée dans l’histoire que nous racontons, c’était une vieille vertu, une prude incombustible, un des nez les plus pointus et un des esprits les plus obtus qu’on pût voir. Détail caractéristique : en dehors de la famille étroite, personne n’avait jamais su son petit nom. On l’appelait mademoiselle Gillenormand l’aînée.

En fait de cant, mademoiselle Gillenormand l’aînée eût rendu des points à une miss. C’était la pudeur poussée au noir. Elle avait un souvenir affreux dans sa vie ; un jour, un homme avait vu sa jarretière.

L’âge n’avait fait qu’accroître cette pudeur impitoyable. Sa guimpe n’était jamais assez opaque, et ne montait jamais assez haut. Elle multipliait les agrafes et les épingles là où personne ne songeait à regarder. Le propre de la pruderie, c’est de mettre d’autant plus de factionnaires que la forteresse est moins menacée. »

 

frises - bordures 2

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Les Misérables, de Victor Hugo – Fantine – Une tempête sous un crâne (extrait)

« Nous avons déjà regardé dans les profondeurs de cette conscience ; le moment est venu d’y regarder encore. Nous ne le faisons pas sans émotion et sans tremblement. Il n’existe rien de plus terrifiant que cette sorte de contemplation. L’œil de l’esprit ne peut trouver nulle part plus d’éblouissements ni plus de ténèbres que dans l’homme ; il ne peut se fixer sur aucune chose qui soit plus redoutable, plus compliquée, plus mystérieuse et plus infinie. Il y a un spectacle plus grand que la mer, c’est le ciel ; il y a un spectacle plus grand que le ciel, c’est l’intérieur de l’âme.

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Air sign

🌎 En provenance du blog : Haïku out of Africa 🌎 En Français, ça donne à peu près ça : quand je te laisse ~ dans les schémas de mon esprit ~ tu peux voir le vent 🌎 C’est sensible, et doux et léger comme un nuage 🌎

Haiku out of Africa

when I allow you ~ in the patterns of my mind ~ you may see the wind —© Lize Bard @ Haiku out of Africa

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Tree scene (détail), estampe de Hajime Namiki

It was the nightingale, and not the lark…

C’était le rossignol, et non pas l’alouette…

 

Shakespeare (William), (Romeo and Juliet, III, 5, Juliet)

 

Illustration : ©Tree scene 100 B (vue intégrale), de Hajime Namiki

Hajime Namiki est né en 1947 à Tokyo, au Japon. Il a initialement étudié l'art de la sculpture sous Shigeru Ogura. Aujourd'hui, il est mieux connu pour ses gravures sur bois, qu'il a commencé à créer vers la fin des années 1970. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections privées et publiques, parmi lesquels le musée d'art du comté de Los Angeles, de l'Institut d'art de Chicago, du musée d'art de La Nouvelle-Orléans, et la Maison-Blanche à Washington, DC.

Les Misérables, de Victor Hugo (citation – in 1re partie : Fantine)

« […] c’est une chose assez hideuse que le succès. Sa fausse ressemblance avec le mérite trompe les hommes. Pour la foule, la réussite a presque le même profil que la suprématie. Le succès, ce ménechme du talent, a une dupe, l’histoire. Juvénal et Tacite seuls en bougonnent. De nos jours, une philosophie à peu près officielle est entrée en domesticité chez lui, porte la livrée du succès, et fait le service de son antichambre. Réussissez : théorie.

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Mon entretien avec l’Indé Panda pour « Mondorama »

Tu as été sélectionnée pour ce septième numéro avec ta nouvelle « Mondorama », peux-tu expliquer sa genèse ?

J’étais (et le suis toujours) en plein travail de révision de Complot(s), lorsque la partie manquante d’un texte remisé depuis des lustres dans mon ordinateur a surgi dans mon imaginaire. À ce moment-là, on est un peu comme le collectionneur qui découvre par hasard une pièce recherchée depuis longtemps. Un vrai plaisir ! J’ai tout de suite noté l’essentiel de ma trouvaille afin de poursuivre mes corrections l’esprit tranquille. Sauf que cela n’a pas été possible. Désormais complète, cette nouvelle – qui est un fort écho de Complot(s), pour tout dire – ne me « lâchait » pas. Il a donc fallu que je la transcrive pour pouvoir reprendre le cours de mon travail. Les connexions qui se font dans l’imaginaire sont toujours surprenantes, c’est l’une des beautés de l’écriture.

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Le réel me touche beaucoup. Je suis très intéressée par l’évolution et l’histoire des sociétés, et ce, jusqu’aux faits dits : « divers », éminemment humains, je trouve. J’ai beaucoup de plaisir aussi à faire des incursions dans le fantastique.

Quant au registre que j’adopte, il est surtout en fonction du sujet lui-même. À partir de là, c’est l’occasion pour moi d’expérimenter diverses formes de narration. Une bonne façon de tester mes capacités, et les limites de celles-ci.

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ? Continuer la lecture de Mon entretien avec l’Indé Panda pour « Mondorama »