Cérès Franco : jusqu’à l’Œil de bœuf

Gontran Netto _Saudades do Brasil, 1972 _ Ceres Franco

Gontran Netto – Portrait de Cérès Franco

Cérès Franco a vingt-deux ans lorsqu’elle arrive aux États-Unis pour étudier l’Histoire de l’art.

Que ressent-elle ? Est-elle déjà venue à New York ou est-ce une première fois ? Est-elle exaltée ? Quelque peu intimidée ? J’essaye de me mettre à sa place. Peut-être a-t-elle le sentiment d’être au commencement de quelque chose de très important dans sa vie ? Je crois que c’est ce que moi-même aurais éprouvé. Elle est ici pour entreprendre des études de l’Histoire de l’art, alors bien sûr, elle a une idée de ce qu’elle veut faire ; mais peut-être pas de manière affirmée, précise, car les directions sont nombreuses et toutes très attrayantes. En revanche, ce qu’elle doit savoir avec certitude, me semble-t-il, c’est qu’elle est au bon endroit pour le faire. L’épisode de la lavandière (cf. part.1) lui a énormément appris et, d’une certaine manière, c’est lui qui l’a conduite jusqu’ici.

Dans un premier temps, elle va intégrer la prestigieuse université Columbia, puis The New School, une université tout aussi prestigieuse que la précédente. Toutes deux situées dans l’arrondissement de Manhattan, la première se trouve dans le quartier de l’Upper West Side et la seconde dans celui de Greenwich Village.

C’est le temps de la beat generation et l’émergence de la contre-culture. Peinture, littérature, musique, cinéma, architecture, sont en ébullition, comme la politique d’ailleurs. Des Kerouac, Ginsberg, Burroughs, habitent un appartement dans Greewich Village. Lieu iconique s’il en est. L’auteur que je suis pourrait très bien imaginer une rencontre de la jeune curieuse et bouillonnante Cérès avec un Kerouac, ou un Rothko, dans l’une des rues du «Village». Sinon, avec un Barnett Newman ou une Helen Frankenthaler, qui sont avec d’autres jeunes artistes new-yorkais, les initiateurs de l’expressionnisme abstrait – d’où le nom d’« École de New York ». À cette époque, la «Grosse Pomme» est le centre majeur de l’avant-garde. Là où tout se passe. Là où il faut être. Ça tombe bien, Cérès y est.
Elle ne rencontre peut-être pas Rothko ni Kerouac, mais l’étudiante qu’elle est ne reste sûrement pas en rade. Curieuse, énergique, volontaire, je l’imagine courant les musées, les expositions, les galeries d’art, les vernissages, les spectacles. Vivant infatigablement sa vie d’étudiante à 100 à l’heure. Une vie faite de passion et de vitesse.

 

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Musée Guggenheim N.Y

Les musées new-yorkais, parlons-en un peu…

Par ordre d’importance, il y a d’abord le très célèbre et incontournable Metropolitan Museum of Arts – le MET, pour les “initiés”. Situé à côté de Central Park, il est le musée le plus remarquable de New York. L’équivalent de notre Louvre ou du British Museum à Londres. Le second est le Museum of Modern Art (le MoMA). Deux espaces extraordinaires, dédiés à l’art sous toutes ses formes. Des cavernes aux trésors, pour tout dire. Et puis il y a le  Solomon R. Guggenheim Museum, que Cérès n’a pu visiter lors de son séjour estudiantin puisque  sa construction ne s’est achevée qu’après moult péripéties, en octobre 1959. Alors pourquoi en parler, me demanderez-vous ? Parce au fil de ma recherche documentaire, j’ai trouvé une information qui m’a fait bifurquer et prendre un chemin de traverse. Cette info concerne la collection de Solomon R. Guggenheim. L’homme, retraité richissime, crée en 1937 une Fondation qui va porter son nom et lègue à celle-ci toutes ses peintures. La construction d’un musée est envisagée. En attendant que les travaux démarrent, la collection – qui ne cesse de grandir -, et qui est installée depuis 1939 dans une ancienne concession automobiles à l’Est de Manhattan, doit être déménagée. Les nouveaux murs qui accueilleront The Museum of Non-Objective Painting, (Musée de la peinture non-objective ; nom d’origine du musée Guggenheim), seront ceux d’une  ancienne école pour jeunes filles, sise sur un terrain adjacent sur lequel doit être bâtit le nouveau musée. Provisoire, il ouvre ses portes en… 1948. C’est à la lecture de cette date, que mon imagination vagabonde a pris le large. Est-il incongru de penser que notre jeune étudiante se soit rendue dans ce musée intermédiaire pour admirer des œuvres de Chagall, Kandinsky, Karel Appel, et tant d’autres ? Des centaines d’œuvres-trésors à contempler. De mon point de vue, pas du tout ! Mieux, je la vois, allant de toile en toile. Méditant, sondant ses sensations, explorant ses émotions. S’interrogeant sur ce qu’elle voit. Curieuse, plus que jamais. Ne se doutant probablement pas qu’elle sera elle aussi, cinquante ans plus tard, une collectionneuse en recherche de murs pour y accrocher sa propre collection.

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Affiche de la galerie L’Œil de bœuf

Afin de parfaire ses études universitaires, Cérès Franco fait ses valises et part pour l’Europe. Son objectif : visiter les plus grands musées de l’Ancien Monde pour compléter ses connaissances. Au bout du compte elle posera ses bagages en France, et fera le choix de s’installer à Paris où, de concert, elle bâtira sa vie professionnelle et sa vie de femme. Nous sommes en 1951.

Durant les années suivantes, commissaire d’exposition, elle travaille également comme critique d’art. Ses goûts artistiques se sont affinés. L’enseignement de l’épisode de la lavandière trouve enfin sa finalité lorsque, principalement, elle rencontre Michel Macréau en 1960. Le travail pictural hors du commun de cet artiste est une révélation. Un choc intellectuel. Dès lors, tous les artistes se réclamant de la Nouvelle Figuration, et les arts non conformistes auront toute son attention, toute sa passion. Et, tout naturellement, lorsqu’elle organise en 1962 sa première exposition de peinture, ce sont eux qui sont mis à l’honneur. Pour se démarquer totalement de ce qui se fait habituellement, elle demande alors aux artistes de réaliser des œuvres de format rond ou ovale, et intitule son exposition… L’Œil de bœuf. Voilà comment naissent les légendes.

 

Fin  de la deuxième partie

(À suivre)

Partie 1 ici

Partie 3 ici

©Marguerite Rothe


Joël Crespin

Joël Crespin – Oh ! putain que les femmes sont belles – 1997.



La CoopérativeCOLLECTION CÉRÈS FRANCO

L’Internationale des Visionnaires

du 29 avril – 5 novembre 2017


Crédit photographique et sources documentaires (pour l’essentiel) :

http://www.lacooperative-collectionceresfranco.com/galerie

http://culturebox.francetvinfo.fr/arts/peinture/du-naif-bresilien-a-l-art-contestataire-la-collection-d-une-vie-de-ceres-franco-226293

http://newyorkmania.fr/2010/10/le-musee-guggenheim-une-utopie-devenue-realite/

http://www.graphiste-webdesigner.fr/blog/2011/11/la-peinture-americaine-du-xxe-siecle-a-nos-jours/

https://www.cnewyork.net/bons-plans/musees/les-5-musees-incontournables-a-new-york/

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2 réflexions sur “Cérès Franco : jusqu’à l’Œil de bœuf

  1. Pingback: Cérès Franco, point de chute : La Coopérative | Marguerite Rothe

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