Sur la lecture, de Marcel Proust

Hopper lecture

Proust vous fait peur  ? Vous pensez qu’À la recherche du temps perdu est une œuvre compliquée à lire ? Trop imposante ? Que c’est une lecture réservée aux intellectuels ? Que vous n’avez pas le niveau ? STOP ! Rembobinez le film, il y a des solutions. Au moins deux…

#Solution 1

La première c’est un petit texte d’une soixantaine de pages : Sur la lecture, et qui est la préface que Proust écrivit en 1905 pour sa traduction de Sésame et les Lys de John Ruskin. Outre le magnifique éloge qu’elle propose sur la lecture – les amoureux des livres et de la littérature en général, s’y retrouveront avec bonheur –, et agrémentée de notes en bas de page, elle prépare admirablement le lecteur à entrer dans l’univers du grand œuvre proustien : À la recherche du temps perdu.

Allez, je vous livre tout de suite un extrait pour ne pas vous faire languir :

Que de fois, dans la Divine Comédie, dans Shakespeare, j’ai eu cette impression d’avoir devant moi, inséré dans l’heure présente, un peu du passé, cette impression de rêve qu’on ressent à Venise sur la Piazetta, devant ses deux colonnes de granit gris et rose qui portent sur leurs chapiteaux grecs, l’une le Lion de Saint-Marc, l’autre saint Théodore foulant aux pieds le crocodile, – belles étrangères venues d’Orient sur la mer qu’elles regardent au loin et qui vient mourir à leurs pieds, et qui toutes deux, sans comprendre les propos échangés autour d’elles dans une langue qui n’est pas celle de leur pays, sur cette place publique où brille encore leur sourire distrait, continuent à attarder au milieu de nous leurs jours du XIIe siècle qu’elles intercalent dans notre aujourd’hui. Oui, en pleine place publique, au milieu d’aujourd’hui dont il interrompt à cet endroit l’empire, un peu du XIIe siècle, du XIIe siècle depuis si longtemps enfui, se dresse en un double élan léger de granit rose. Tout autour, les jours actuels, les jours que nous vivons circulent, se pressent en bourdonnant autour des colonnes,Venise Piazetta mais là brusquement s’arrêtent, fuient comme des abeilles repoussées ; car elles ne sont pas dans le présent, ces hautes et fines enclaves du passé, mais dans un autre temps où il est interdit au présent de pénétrer. Autour des colonnes roses, jaillies vers leurs larges chapiteaux, les jours actuels se pressent et bourdonnent. Mais, interposées entre eux, elles les écartent, réservant de toute leur mince épaisseur la place inviolable du Passé : – du Passé familièrement surgi au milieu du présent, avec cette couleur un peu irréelle des choses qu’une sorte d’illusion nous fait voir à quelques pas, et qui sont en réalité situées à bien des siècles ; s’adressant dans tout son aspect un peu trop directement à l’esprit, l’exaltant un peu comme on ne saurait s’en étonner de la part du revenant d’un temps enseveli ; pourtant là, au milieu de nous, approché, coudoyé, palpé, immobile, au soleil.

Marcel PROUST.

Voilà, ça, c’est purement proustien. Si vous avez aimé, alors vous aimerez la musicalité des phrases d’À la recherche du temps perdu, et ce sera pour vous l’occasion de vous perdre avec délectation à l’intérieur de ce grand labyrinthe temporel qu’est cet incroyable roman.


#Solution 2

La seconde solution, et non des moindres…

Il y a des années de cela, je pris la décision de lire Proust. La lecture d’ À la recherche du temps perdu me semblait indispensable à ma culture littéraire. J’étais jeune, autodidacte, et je m’imaginais que les  gens de qualité avaient lu Proust. Et moi aussi, je voulais êtref4c07111a785bfd3c13655f4a52ea841 Horloge une personne de qualité. Comme je viens de vous le dire, j’étais jeune, et comme de juste, je me gourais. Mais la jeunesse sert à ça : à se tromper pour apprendre – entre autres. N’avais-je pas encore compris qu’en matière de littérature, tout arrive à point à qui sait attendre ? Comme vous vous en doutez, ma première tentative fut un échec, puisque je n’allais pas plus loin qu’une trentaine de page après la préface et l’introduction. Dépitée, mais pas découragée, je reposais Du côté de chez Swann sur son étagère, et me promettais de faire un nouvel essai quand j’aurais du temps. Temps que l’on cherche, temps que l’on perd, temps que l’on trouve, temps que l’on retrouve…

Donc, j’attendis. Je n’avais pas lu Proust, mais je ne me sentais pas plus idiote pour autant. Je décidais que j’étais plutôt comme une voyageuse sur le quai d’une gare, dans l’attente d’un train qui se faisait attendre. Un jour viendrait où, ennuyée de patienter, je rouvrirai le livre autrefois délaissé. Parce que moi aussi, je tenais à aller voir ce qu’il se passait du côté de chez Swann.

beadc431cb4b4b77359ce0327195e533 Horloge 02.pngCe que personne ne dit, à propos de la lecture d’À la recherche… , c’est qu’elle demande un investissement de temps conséquent. Si on veut la mener à terme et s’en approprier toute la saveur – attention, je ne suis pas en train de vous parler de plagiat ! –, en entrant totalement dans le texte, À la recherche du temps perdu est une lecture au long cours. Le titre étant une mise en condition, en quelque sorte.

Je n’ai jamais rouvert mon GF Classique, mais j’ai quand même lu À la recherche… De la première à la dernière page. Tout. Et j’ai même craqué pour sa correspondance avec Jeanne Clémence, sa mère. Vous l’avez compris, quand je dis « lu », je devrais plutôt dire « écouté ». 128 heures de bonheur pur, à écouter des merveilleux comédiens égrener les phrases non moins merveilleuses de sensibilité et d’intelligence de Marcel Proust. Une œuvre que vous pourrez découvrir par le biais des éditions Thélème – payante – ou gratuite, grâce au site Littérature.com. (liens de téléchargements en bas de page).

Chers lecteurs, Marcel Proust vous attend pour vous emmener faire une balade du côté de chez Swann. Laissez-vous guider, il adore raconter…

©Marguerite Rothe


C’est la version qui met le portefeuille en vrac, à s’offrir ou se faire offrir. 128h00 d’écoute, lu par André DUSSOLLIER, Lambert WILSON, Denis PODALYDÈS, Guillaume GALLIENNE, Robin RENUCCI, Michaël LONSDALE.

a la recherche du temps perdu thélème

Aux éditions Thélème : À la recherche du temps perdu – L’intégrale

− · & · −

Lu par Catherine SALVIAT et Guillaume GALLIENNE

 

Marcel Prouste correspondance avec sa mère

Aux éditions Thélème : Marcel Proust Correspondance avec sa mère


Pitch de l’éditeur pour le texte : Sur la lecture

Sur la lecture est la préface que Proust écrivit en 1905 pour sa traduction de Sésame et les Lys de John Ruskin. Mais ces pages dépassent de loin l’ouvrage qu’elles introduisent, elles proposent un bel éloge de la lecture et préparent avec bonheur à La Recherche du temps perdu.

Proust se saisit de l’étude de Ruskin pour se remémorer une journée d’enfance passée à lire Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier, et exposer ses propres idées sur la lecture. « Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré », affirme-t-il d’emblée avant de s’opposer sur un plan plus théorique au célèbre esthète anglais dont il conteste le rôle prépondérant de communication spirituelle qu’il confère à la lecture:

« C’est donner un trop grand rôle à ce qui n’est qu’une initiation d’en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire: elle ne la constitue pas ». Pour Marcel Proust, « Tant que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-même la porte des demeures où nous n’aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire. Il devient dangereux au contraire quand, au lieu de nous éveiller à la vie personnelle de l’esprit, la lecture tend à se substituer à elle, quand la vérité ne nous apparaît plus comme un idéal que nous ne pouvons réaliser que par le progrès intime de notre pensée et par l’effort de notre cœur, mais comme une chose matérielle, déposée entre les feuillets des livres comme un miel tout préparé par les autres et que nous n’avons qu’à prendre la peine d’atteindre sur les rayons des bibliothèques et de déguster ensuite passivement dans un parfait repos de corps et d’esprit. »


Téléchargements gratuits et légaux

Éditions Bibebooks.com, Sur la lecture, de Marcel Proust, livre à télécharger au format électronique et/ou en audio au format MP3

Littérature audio.com Marcel Proust Du côté de chez Swann

Littérature audio.com Marcel Proust À la recherche du temps perdu  L’INTÉGRALE

Présentation de l’œuvre dans la Collection GF, Flammarion : À la recherche du temps perdu au format PDF – Comprend : un entretien avec Daniel Mendelsohn : « Pourquoi aimez-vous du côté de chez Swann ? « ,  la préface de Jean Milly, et l’introduction, soit 50 pages.

Proust : Textes, notes, et corrections d’épreuves.

Cliquer sur une image pour agrandir


Pour aller un peu plus loin

Biographie de Marcel Proust,  de Jean-Yves Tadié

Pourquoi une nouvelle biographie de Proust ? Autant demander à un peintre pourquoi de nouveaux portraits. Un moment arrive où l’on croit pouvoir faire la synthèse des travaux existants, en rejetant ce qui paraît non vérifiable, en tenant compte des découvertes nouvelles, et surtout de ce que le travail d’éditeur permet seul de connaître, l’histoire des manuscrits, celle de l’œuvre à mesure qu’elle s’écrit : la véritable biographie d’un écrivain, d’un artiste, est celle de son œuvre. Il s’agit de montrer en quoi l’individu est d’abord un type : l’enfant d’une famille bourgeoise, l’élève de Condorcet, celui de Sciences-Po, l’asthmatique, le jeune poète qui envoie plus de lettres qu’il n’en reçoit, le curiste aux bains de mer. Qu’est-ce qu’être écrivain en 1890, ou homosexuel, ou malade, ou médecin ?Puis vient le moment où le grand artiste cesse d’être un type et, irrémédiablement différent, échappe à l’histoire et aux structures. Il y a dans cet ouvrage tout ce qu’on peut savoir de Proust, tout ce qu’il est utile de savoir pour comprendre sa personne et son œuvre.

Souvenirs de Céleste Albaret : Monsieur Proust, recueillis par Georges Belmont ; Céleste Albaret fut la gouvernante et la seule confidente de Marcel Proust pendant les huit dernières années de son existence, durant lesquelles il acheva l’écriture de son chef-d’œuvre – elle est d’ailleurs une des clefs du personnage de Françoise dans : À la recherche du temps perdu.


Illustration de la « Une » : Compartiment C, voiture 293, par Edward Hoppe

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7 réflexions sur “Sur la lecture, de Marcel Proust

  1. on dit souvent que Proust est un auteur qu’il faut relire… évidemment, personne ne précise qu’il faut déjà l’avoir lu une fois pour pouvoir le relire 🙂
    alors je le lirai …un jour, peut-être, sans doute, probablement, pourquoi pas.
    et merci pour ce billet très enrichissant et enthousiasmant !

    Aimé par 1 personne

  2. Bonne année, Anita !
    Merci pour ta visite. Je me demandais récemment ce que tu faisais (bon, j’imagine que tu ne dois pas t’ennuyer 😉 avec l’aménagement de ta nouvelle maison)
    Bisous à toi aussi, et à bientôt ! ❤️

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