Le parfum, de Patrick Süskind

le parfum audio livrehistoire d’un meurtrier.

Récemment, une amie avec qui nous nous prêtons volontiers nos livres audio me proposait Le parfum, de Patrick Süskind. J’allais lui répondre : « Non merci, je l’ai déjà lu », puis me ravisais. Certes, je l’avais déjà lu, mais c’était il y a longtemps. Et de plus, c’était de « l’audio ». Longtemps ? J’aurai dû dire : une éternité, puisqu’un calcul mental express m’expédiait en 1987. Il y a des fois où l’on ferait bien de s’abstenir de faire ce genre d’opération…

Le souvenir que j’avais de ce roman était celui d’une lectrice conquise, charmée par une prose de grande qualité, un sujet comme on en croise peu ; imaginez donc : Paris 1738, un enfant qui nait parmi les immondices d’un marché aux poissons, affligé d’hyperosmie, et qui va devenir à l’adolescence un tueur en série… Véritablement, ce dont je me souvenais à propos de cet ouvrage était au-delà du positif : un éblouissement. Sauf que l’esprit à tendance à habiller de lumière et d’étoiles les réminiscences d’un passé lointain.

Oui, bon, alors ?

Alors Le parfum est un grand, très grand livre. Je n’imaginais pas avoir autant de plaisir à cette « relecture » – ce que j’évite de faire, pour au moins deux raisons : ce qui nous émerveille aujourd’hui peut nous sembler ordinaire, voire décevant le lendemain, parce nos goût changent, évoluent, en fonction de notre vécu. La seconde raison est plus prosaïque : je suis une boulimique de la lecture, et il est extrêmement rare que je relise un livre – j’ai fait mienne depuis longtemps la maxime : Quot libros, quam breve tempus* –, mais cette fois, j’ai dérogé à mes habitudes et relu Le parfum. Et j’ai bien fait. Car lorsqu’en seconde lecture, à trente ans d’intervalle, l’émerveillement est toujours là, alors je crois qu’on peux parler de  chef-d’œuvre littéraire.

©Marguerite Rothe


 fleurs pivoines roses


Extraits

Et plus tard, quand il apprit par des récits combien la mer était grande et qu’on pouvait voyager dessus pendant des jours sur des bateaux, sans voir la terre, rien ne le séduisit tant que de s’imaginer sur l’un de ces bateaux, perché à la cime du mât de misaine et voguant à travers l’odeur infinie de la mer, qui de fait n’était nullement une odeur, mais un souffle, une expiration, la fin de toutes les odeurs, et dans ce souffle il rêvait de se dissoudre de plaisir.

Maintenant c’était ce garçon aux ressources inépuisables en matière de senteurs nouvelles, ce petit salopard valant plus que son poids d’or, qui choisissait précisément ce moment d’expansion commerciale pour attraper la petite vérole syphilitique et la rougeole suppurante in stadio ultimo ! Précisément maintenant ! Pourquoi pas dans deux ans ? Dans un an ? D’ici là, on aurait pu l’exploiter comme une mine d’argent, comme une poule aux œufs d’or. Dans un an, il aurait tranquillement pu mourir.

[…] alors le flot de parfum devint une marée, elle le submergea de son effluve. Il fourra son visage sur sa peau et promena ses narines écarquillées de son ventre à sa poitrine et à son cou, sur son visage et dans ses cheveux, revint au ventre, descendit jusqu’au sexe, sur ses cuisses, le long de ses jambes blanches.

Ce parfum apothéotique, il entendait en laisser l’empreinte, comme avec un cachet, dans le fouillis de son âme noire, puis l’étudier minutieusement et dès lors se conformer aux structures internes de cette formule magique pour diriger sa pensée, sa vie, son odorat.

roses anciennes fleurs


Résumé

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n’avait besoin de rien.
Or ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bel et bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».
C’est son histoire, abominable… et drolatique, qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman très vite devenu un best-seller mondial.


Le film

film Le parfum

Bande-annonce du film Le parfum

Pas de déception pour ce film, qui rend superbement l’atmosphère du livre. À voir !


L’auteur

Patrick Suskind _ portrait de Pollock

Patrick Süskind portraituré par Ian Pollock

Né à : Ambach, Bavière, le 26 mars 1949, Patrick Süskind est un écrivain et scénariste allemand. Il étudie l’histoire (médiévale et contemporaine) et la littérature à Munich et à Aix-en-Provence. Il travaille ensuite comme scénariste pour la télévision.
Le Parfum est son tout premier roman, édité pour la première fois en 1985 à Zurich, sous le titre Das Parfum, Die Geschichte eines Mörders, puis traduit en français par Bernard Lortholary en 1986 avant d’être réédité par Fayard. Il vaut à son auteur un succès mondial. Le parfum a fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 2006 : Le Parfum, histoire d’un meurtrier, réalisé par Tom Tykwer avec Ben Whishaw et Dustin Hoffman.


Pour rester encore un peu dans l’univers du parfum

La visite du Musée du Parfum Fragonard à Paris est gratuite et effectuée par un guideRoses anciennes formé professionnellement à la parfumerie et à son histoire. Après avoir découvert les techniques de fabrication et l’histoire de ce précieux jus, testez votre nez autour d’un jeu olfactif proposé gratuitement en fin de parcours.
Une activité insolite à Paris !

  • Visite : toutes les 20mn (dernière à 17h)
  • Durée : environ 30mn
  • Prix : gratuit
  • Langues : français, anglais
Réservation non obligatoire

Pour finir…

La légende de Shalimar (2)

Vidéo du film Guerlain : La légende de Shalimar


Photo de la « Une » : niches de présentation (ingrédients, fioles, outils du parfumeur) au musée Fragonard, à Paris.

* Tant de livres, si peu de temps.

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8 réflexions sur “Le parfum, de Patrick Süskind

  1. Pingback: Ma Pile-à-Lire #5 : Romans et BDs – L'Astre et la Plume

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